On entend souvent au Québec que « les Québécois n’aiment pas l’argent » ou que « les Québécois sont jaloux du succès ». En France, ce discours est similaire : certains prétendent que la réussite attire la méfiance, que la richesse dérange, qu’aimer l’argent est presque tabou. Mais cette perception, bien qu’ancrée dans nos conversations, est loin d’être une particularité culturelle. En réalité, la méfiance envers l’argent et le pouvoir est une dynamique mondiale, vieille de plusieurs millénaires.
Un héritage historique, pas une affaire de culture
Depuis les premières civilisations, on retrouve une tension constante entre ceux qui détiennent le pouvoir et les richesses, et ceux qui travaillent pour eux. L’Égypte ancienne en est un exemple frappant : les monuments grandioses étaient bâtis grâce aux efforts de milliers de travailleurs, souvent dans des conditions difficiles, pendant que les élites concentraient richesses et privilèges. On retrouve la même dynamique dans l’Empire romain, au Moyen-Âge avec la monarchie et la noblesse, ou encore sous l’ère coloniale avec les empires européens.
À travers toutes ces époques, une réalité demeure : la majorité laborieuse perçoit que sa sueur enrichit une minorité. Cette impression, réelle ou exagérée, nourrit la méfiance, la frustration et parfois la colère envers ceux qui réussissent à s’élever.
Le cas particulier du Québec et de la France
Au Québec, l’histoire coloniale a renforcé cette perception. Pendant longtemps, la bourgeoisie anglophone contrôlait les grandes industries, tandis que la population francophone occupait surtout des postes de travailleurs. Le contraste était clair : d’un côté les patrons, de l’autre les ouvriers. Cette réalité a laissé une marque dans l’inconscient collectif.
En France, la Révolution française a elle aussi été alimentée par un rejet des élites qui accumulaient richesses et privilèges pendant que le peuple subissait pauvreté et famines. Encore aujourd’hui, l’idée que la réussite individuelle profite « sur le dos » des autres reste un réflexe bien ancré dans une partie de la société.
Mais réduire cette méfiance à une caractéristique nationale serait une erreur. Car en vérité, cette tension existe partout. On la retrouve en Amérique latine, en Asie, en Afrique, aux États-Unis… Partout où il y a un écart entre ceux qui détiennent et ceux qui produisent, une méfiance s’installe.
Le capitalisme et le choix nouveau
Avec l’avènement du capitalisme moderne, une transformation majeure s’est opérée : pour la première fois, le travailleur avait la possibilité de devenir lui-même entrepreneur. Il pouvait quitter la logique de la dépendance pour créer sa propre richesse, prendre ses risques, et bâtir son propre avenir.
Cela ne veut pas dire que le chemin est facile : entreprendre exige du courage, de la résilience et une volonté d’assumer ses échecs. Mais cette ouverture a brisé, du moins en partie, la dynamique figée entre « ceux qui possèdent » et « ceux qui travaillent ». Aujourd’hui, être travailleur ou entrepreneur relève davantage d’un choix de vie que d’une fatalité.
L’effet amplificateur des réseaux sociaux
Il faut aussi reconnaître qu’avec l’avènement des réseaux sociaux, la perception du succès a changé. Jamais dans l’histoire les acquis financiers et matériels n’ont été autant exposés et valorisés publiquement. Publier des photos de voyages, de voitures de luxe, de montres ou de maisons spectaculaires est devenu courant. Mais cette démonstration peut avoir un effet pervers : plus on « flashe » notre réussite avec orgueil et ego, plus on risque de provoquer une réaction de frustration chez les autres.
Bien souvent, ce n’est pas que les gens n’aiment pas le succès, c’est plutôt qu’ils réagissent à la façon dont il leur est imposé visuellement. Ce phénomène s’accentue quand on annonce de grands projets en les présentant comme extraordinaires, mais qu’ils ne se concrétisent pas ou qu’ils finissent en échec. La surexposition, combinée à l’exagération, ouvre une porte toute grande aux critiques : « Tu vois, finalement, ce n’était pas si solide », « Je savais que ça ne marcherait pas ».
Dans bien des cas, ce n’est donc pas tant de la jalousie que nous récoltons, mais une réaction naturelle à notre propre excès de valorisation. La majorité des gens, dans leur quotidien, n’ont ni le temps ni l’intérêt de se soucier du succès des autres. Ils sont déjà absorbés par leurs propres réalités. C’est parfois notre manière de projeter notre réussite qui attire les perceptions négatives, bien plus que le succès lui-même.
Arrêter de se pointer du doigt
C’est ici que réside la conclusion essentielle. Les entrepreneurs doivent cesser de dire que « les Québécois sont jaloux du succès » ou que « les Français n’aiment pas l’argent ». Cette caricature entretient la division. De l’autre côté, les travailleurs doivent arrêter de voir les entrepreneurs comme des profiteurs ou des arnaqueurs.
La vérité est beaucoup plus simple : l’un ne peut pas exister sans l’autre. Les entrepreneurs bâtissent des entreprises qui créent des emplois, stimulent l’économie et ouvrent des opportunités. Les travailleurs, par leur talent et leur effort, rendent possible la croissance et la pérennité de ces mêmes entreprises.
Le succès de l’un nourrit le succès de l’autre.
Repenser notre rapport au succès
La jalousie, la méfiance et les jugements mutuels sont hérités de siècles d’inégalités et de frustrations. Mais nous avons aujourd’hui l’opportunité de sortir de ce schéma. Reconnaître que la richesse et le succès ne sont pas l’ennemi, mais le résultat d’un équilibre entre ambition et travail collectif, est essentiel.
Le succès de l’entrepreneur n’enlève rien à la dignité du travailleur. Et la valeur du travailleur ne diminue pas le mérite de l’entrepreneur. Ce n’est qu’en cessant de se pointer du doigt qu’on pourra bâtir une société plus prospère, où chacun, selon ses choix, peut trouver sa place.
Ghislain Roy
Conseiller exécutif, Auteur et conférencier
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