Deux modèles, deux types de richesse, deux visions.
Depuis le début de ma carrière, j’ai accompagné des entrepreneurs, des fondateurs, des dirigeants dans des modèles d’affaires aussi variés que leurs ambitions. Certains rêvaient d’introduire leur entreprise en bourse, d’autres ont toujours gardé une main ferme sur leur entreprise privée, quitte à ralentir la croissance. Et chaque fois, on me pose la même question : « Quel est le meilleur modèle ? »
Et ma réponse est toujours la même : ça dépend… mais il faut comprendre ce que vaut vraiment la richesse que tu poursuis.
Le fondateur côté bourse : Fortune visible, fortune volatile
Prenons l’exemple classique : un fondateur amène son entreprise au public. On parle ici d’IPO, d’évaluation de marché, de multiples de revenus. Du jour au lendemain, ce fondateur devient “milliardaire sur papier.” Pourquoi ? Parce que la valeur de ses actions est maintenant cotée publiquement et évaluée en continu par des investisseurs.
Avantages :
- Accès rapide à du capital important
- Notoriété et effet de levier médiatique
- Possibilité de liquidité partielle (sous certaines conditions)
Inconvénients :
- Forte dépendance à la perception publique et aux marchés financiers
- Exposition à la volatilité extrême (un tweet, une rumeur, et ta fortune fond)
- Moins de contrôle stratégique (conseil d’administration, actionnaires, pression des trimestres)
C’est ce que j’appelle la “richesse fragile.” Pas parce qu’elle est fictive, mais parce qu’elle repose sur des paramètres externes et souvent émotionnels : la confiance du marché, la mode du moment, le buzz médiatique.
Le fondateur privé : Moins visible, mais souvent plus stable
De l’autre côté, on a le fondateur qui garde son entreprise privée. Il possède peut-être moins de “fortune papier,” mais ce qu’il possède est tangible. Il contrôle ses dividendes, son rythme de croissance, ses décisions stratégiques. Personne n’attend son bilan trimestriel avec un fusil sur la tempe.
Avantages :
- Contrôle total de la vision et de la direction
- Capacité de bâtir de la richesse sur le long terme
- Moins exposé aux fluctuations de réputation ou aux marchés
Inconvénients :
- Accès plus restreint au capital (à moins d’aller chercher des partenaires)
- Croissance parfois plus lente
- La richesse est souvent “illiquide” (sur papier, certes, mais non réalisable rapidement)
Mais c’est aussi une richesse plus réelle, enracinée dans l’opérationnel, dans les actifs, dans les profits tangibles, et non dans une spéculation externe.
La vraie question : qu’est-ce que tu veux vraiment bâtir ?
L’erreur, selon moi, c’est de croire que l’un est “meilleur” que l’autre. En réalité, il faut se poser les bonnes questions :
- Est-ce que tu veux bâtir une machine à dividendes ou un multiplicateur de capital ?
- Est-ce que tu cherches de la stabilité ou de la reconnaissance explosive ?
- Est-ce que tu es prêt à jouer le jeu des marchés publics, avec tout ce que ça implique (transparence, vitesse, conformité, pression) ?
⚖️ Comparons la solidité financière réelle
| Critère | Entreprise publique | Entreprise privée |
|---|---|---|
| Valeur perçue | Basée sur le marché et l’émotion | Basée sur les résultats et actifs |
| Volatilité | Élevée (suivant les cycles, médias) | Faible à moyenne (plus stable) |
| Liquidité personnelle | Possible mais réglementée | Plus difficile, mais sous ton contrôle |
| Contrôle stratégique | Partagé ou limité | Complet ou majoritaire |
| Pression externe | Constante (investisseurs) | Négociable (selon partenaires) |
| Reputation Impact | Immédiat et parfois brutal | Moins direct, plus gérable |
L’ultime vérité : le modèle hybride existe aussi
Il ne faut pas oublier une 3e voie : celle du fondateur qui a su bâtir un empire privé, mais qui structure des véhicules externes (fonds, holdings, filiales publiques) pour aller chercher le meilleur des deux mondes.
Des exemples ? Il y en a. Mais ce sont rarement les plus bruyants. Ce sont ceux qui avancent avec vision, patience et stratégie.
En conclusion : La valeur n’est pas toujours là où on la voit
La bourse donne de la visibilité, de l’effet de levier, une richesse estimée. L’entreprise privée offre un contrôle, une richesse réelle, mais parfois moins sexy sur papier.
La question à te poser n’est pas “combien tu veux valoir,” mais plutôt “qu’est-ce que tu veux contrôler, protéger et transmettre ?”
Parce qu’à la fin de la journée, la vraie richesse, ce n’est pas le montant sur ton bilan… c’est ce que tu es capable d’en faire.
Ghislain Roy
Conseiller exécutif, Auteur et conférencier
